Les zappeurs et les hyperactifs

Une interwiew d'Olivier REVOL et du Dr Dominique DUPAGNE

Une interwiew d'Olivier REVOL, chef du service neuropsychiatrique au CHU de Lyon, auteur de "On se calme"

et de Dominique DUPAGNE, médecin généraliste, auteur du blog "A toute.org" et du livre "Le retour des zappeurs"  - 1er avril 2014

 

Adultes ou enfants, ils ont l'esprit en perpétuelle agitation, du mal à se concentrer, ne supportent pas de ne rien faire, détestent les contraintes et ont souvent la tête en l'air... on les dit agités, tdah ou hyperactifs. Ils ne tiennent pas en place, ont du mal à être attentifs, que ce soit dans leur vie sociale, familiale ou scolaire.

C'est avant tout un trouble de l'attention, l'hyperactivité étant la conséquence de ce problème de concentration. C'est un cerveau qui a besoin d'excitation pour fonctionner mais qui a du mal à se concentrer sur ce qui ne l'intéresse pas. Ce cerveau les oblige à faire plein de choses à la fois (ce qui est mal accepté au niveau scolaire), ce sont des zappeurs nés.

 

Hyperactifs ou seulement agités ?

L'hyperactivité est un symptôme. le médecin de chercher à comprendre d'où elle vient :

- c'est une personne qui s'ennuie,

- un enfant mal élevé,

- quelqu'un de triste et qui brasse de l'air pour se débarrasser de cette tristesse,

- parce qui a une particularité neurologique, le TDAH.

 

Le portrait du TDAH

Agités, distraits et impulsifs, ils ne tiennent pas en place, se balancent sur leur chaise, coupent la parole, oublient tout au fur et à mesure. Ce genre de caractère peut donc être un atout mais aussi un handicap.

Une des caractéristiques majeures du TDAH est qu'il ne finit jamais ce qu'il commence. Il va penser à plein de trucs, va toujours inventer des choses mais ne les finira jamais car une autre excitation arrive vers autre chose et il n'arrive pas à finir les premières.

Ce trouble concerne 3 à 5% d'individus, enfants ou adultes. Il y en a toujours eu. Si on les identifie mieux aujourd'hui, c'est parce que la société autour a bougé et a soufflé sur certaines braises qui ont fait ressortir chez certains cette particularité qui n'aurait peut-être pas été aussi évidente sans ça. La contrainte que représente la société, l'école crée le dysfonctionnement ; dans d'autres cadres, l'hyperactivité peut être un réel talent (ce serait par exemple un excellent chasseur car il est intuitif, impulsif, sait prend des risques et agir vite). En classe, le fait de leur demander d'apprendre des choses qui les ennuient par coeur et les contraintes cumulées les fait exploser.

Il y a beaucoup de zappeurs chez les précoces, et on constate plus d'enfants avec déficit de l'attention chez les enfants précoces que dans la population standard.

 

Dès l'enfance...

Ce sont des bébés très toniques, qui poussent sur leurs jambes, veulent grandir vite, sujets aux coliques du premier trimestre. Cela devient encore plus évident dès l'âge de la marche.

A l'école primaire ça commence à être compliqué car on leur demande de rester assis, et là, c'est vraiment difficile pour eux !

Ce sont des enfants qui ne tiennentt pas en place, qui commencent à jouer avec quelque chose puis le laissent tomber et jouent très vite avec un autre et ainsi de suite... ils se balancent, s'agitent.

N'arrivant pas à apprendre leurs leçons ou à tenir en place, ils sont perçus comme des enfants paresseux, agités et sont confrontés à une constante image négative alors qu'ils n'en sont pas responsables, ils n'y sont pour rien. Apprendre une leçon qui les ennuient, c'est comme demander à quelqu'un qui a le vertige de se pencher du 10e étage, c'est physiquement impossible. Avaler des montagnes de choses par coeur, c'est un obstacle infranchissable. Ils peuvent cependant se concentrer sur ce qui est fait pour eux, et notamment les jeux vidéos leur correspondent car ils peuvent y exercer leurs talents : être très intuitif, très impulsif, prendre des décisions rapides, agir très vite et à l'instinct. Cela les passionne car c'est une activité qui correspond à leurs aptitudes ; s'il y avait des cours de jeux vidéo en classe, ils seraient les premiers. Ils peuvent jouer à tout moment de la journée, avec des compagnons de jeux à travers le monde : cela montre qu'ils ne sont pas forcément des solitaires et peuvent être collaboratifs.

Ils acceptent la guilde, les règles très fixes des jeux vidéo car tout y est intéressant  mais ils risquent justement de devenir des geeks car ils se retrouvent acteurs et tout ce qui n'était pas intéressant à été éliminé ; ils arrivent donc à rester assis car tout s'y passe bien pour eux.

Etre un zappeur peut donner un sentiment de décalage, de désintérêt pour le monde mais c'est aussi le pouvoir de s'intéresser à plein de choses et contempler leurs nombreuses facettes. Ce sont des esprits sans repos, qui font tout pour éviter un ennui qui est pour eux une véritable angoisse, mais cela se fait à leur insu, ce n'est pas de la mauvaise volonté, ils ne sont pas capables de ne rien faire, ils ne savent pas s'ennuyer.

 

Les causes

Il y a plusieurs causes intriquées : premièrement, une vulnérabilité génétique, un cerveau plus favorable, qui a du mal à programmer, à s'organiser, à sélectionner les bonnes informations et qui a rencontré soit un environnement  qui contient tout ça (mises en place de statégies qui aident à s'organiser), soit qui souffle sur les braises car il est destructuré. Face au système, cette vulnérabilité ressort.

Des maladies neuropédiatriques peuvent être la cause de l'hyperactivité (la neurofibromatose, le syndrôme de Williams). Un médecin doit donc faire un bilan global afin de déterminer d'où elle vient.

 

Les conséquences

Le TDA gêne considérablement les apprentissages car les enfants oublient de lire jusqu'au bout, recopient un + au lieu d'un -. Il y a aussi plus de coexistences de dyslexie chez les TDA que dans la population standard (plus de chance d'être maladroit, avoir du mal à lire ou du mal avec l'orthographe). Ils ont des difficultés car ils n'ont pas les aptitudes demandées à l'école moderne, très contraignante.

 

Hyperactif ou agité ?

Il y a une différence de degré. La question à se poser est : son comportement a-t-il un impact négatif sur sa vie sociale, familiale ou scolaire ? Il n'est plus invité ? Fait-il exploser la famille ? Se fait-il rejeter de partout ? Si l'un de ces 3 domaines fondateurs dans la vie d'un enfant est touché, on rentre dans la pathologie.

Les centres de références pour troubles de l'apprentissage ont équipe habilitée à faire le diagnostic mais ils ne sont pas assez nombreux (entre 30 et 40 en France seulement). Une des premières approches est d'en discuter avec son médecin, celui-ci peut déjà aider à obtenir des premières solutions.

 

Quel genre d'école pour eux ?

Une école qui pourrait s'adapter à leur rythme, un enseignement sur mesure avec une prise en charge quand il le souhaite... Il y a un certain nombre d'écoles hors contrat qui joue un peu ce rôle mais le véritable besoin de ces enfants est de leur apprendre à vivre avec leur trouble car il les suivra toute leur vie. Plus que les changer d'école à tout prix, il faut donc leur apprendre à s'adapter avant tout, à trouver des stratégies. Il faut sensibiliser les enseignants sur le fait qu'ils ne font pas exprès de faire tomber et perdre leur gomme, de bouger, de se balancer, de ne pas travailler ; c'est parce qu'ils ne le peuvent pas.

La Ritaline permet de les aider à s'adapter à une structure qui n'est pas faite pour eux. Elle est très utile et permet à l'enfant de ne pas tomber en échec scolaire et les difficultés mais elle n'est pas non plus la seule solution.

 

La structure familiale

Lors de la découverte du TDAH chez un enfant, bien souvent un des parents se rend compte qu'il est concerné lui-même. Il y a même des lignées entières de TDAH. La part héréditaire est absolument majeure. C'est un peu problématique car quand on a du mal à s'organiser soi-même ou on est impulsif, c'est une complexité suplémentaire de devoir gérer un enfant de ce genre.

 

D'autres caractéristiques

Le zappeur est procrastinateur, il va toujours remettre à plus tard les choses qui l'ennuient : déclaration d'impôts, paiement des factures, il se met souvent en danger. Il leur faut donc un métier qui leur permet de gérer les choses comme ils le veulent (pas de chef, avocat, consultant, artisans, médecins...). Tous les TDAH sont procrastinateurs, et c'est ce qui reste notamment quand on est adulte.

 

Plus sujets aux addictions ?

Oui, massivement car ils ont besoin d'avoir un cerveau stimulé pour être bien, d'avoir une excitation dans la tête : ça peut être par des activités variées mais aussi par le sexe, le jeu, la peur, la drogue, l'alcool, la cocaïne. Certains drogués compensent ainsi ce besoin d'excitation massive pour survivre.

 

Le méthylphénidate (Ritaline*)

Ce n'est pas une vraie amphétamine, mais une molécule qui a le même genre d'effet car elle augmente la vigilance. Elle intervient directement dans la zone du cerveau qui dysfonctionne, la région frontale qui permet de réfléchir avant d'agir : lever la main avant de répondre, filtrer ce qui n'est pas intéressant autour de nous pour se concentrer sur ce qu'il faut, revenir sur une action qui n'est pas bonne, résister à la tentation. La Ritaline compense ce déficit.

Il y a beaucoup de recul sur cette molécule car elle est donnée depuis très longtemps en Amérique du nord, où elle est certes trop donnée mais cela nous permet aussi d'avoir de réelles observations, sur des 2e et 3e générations. Les effets secondaires sont un risque d'augmentation de l'anxiété et une coupure de l'appétit, c'est donc une démarche médicale importante que l'on prend au sérieux : on étudie les impacts négatifs et positifs et on met en balance le bénéfice apporté par le produit et les risques encourus ou effets secondaires subis.

On la prescrit depuis peu aux adultes aussi, mais ce n'est pas quelque chose que l'on donne en première intention, même si on a fait la preuve d'une réelle hyperactivité. La première des choses est de comprendre comment on fonctionne car c'est quelque chose d'illisible et l'entourage ne comprend donc pas ces personnes qui semblent paresseux, qui n'ont pas l'air de vouloir se souvenir du nom de leur neveu ou autre chose importante mais sont en fait dans la difficulté. Une fois que le sujet tda/h a compris comment il fonctionne et contre quoi il doit se battre, que le conjoint sait pourquoi il a comportements bizares, pourquoi il est dans la lune, pourquoi il ne se souvient de rien, il change constamment, que ce n'est pas qu'il n'en a rien à faire mais qu'il s'agit d'un véritable handicap social, tout va beaucoup mieux. 

Le zappeur doit se mettre avec un bosseur, cela lui permet de compenser.

*********************************************************************************

L'interview est à écouter ici :

https://www.youtube.com/watch?v=tZqQ2Ucu 

 

Un site à consulter : http://www.leretourdeszappeurs.com/

 

NB : Dans le livre "Le retour des zappeurs", un questionnaire permet de connaître son score de zapping. Il y a aussi un test d'orientation qui permet de savoir si on est concerné. Ce livre est uniquement disponible sur Amazon.

 

 

Ajouter un commentaire

Date de dernière mise à jour : 25/03/2016

×