L'enfant agité ou trop calme

Interview du Dr Revol par JF Lemoine - Europe 1, le 18 janvier 2015

C'est quoi un enfant normal ?

 

En définition sociale : un enfant conforme. En terme médical, c'est un enfant dont les caractéristiques lui permettent de s'adapter à une situation. Un enfant capable de s'accepter lui-même et de se faire accepter par les autres tel qu'il est.

 

A qui s'adresser en premier ?

 

Le généraliste est un des premiers à consulter car il connaît l’enfant et peut faire les premières constations :

 

  • Un enfant a du mal à rentrer dans la lecture… a-t-on vérifié sa vue ?

  • Un enfant ne parle pas bien… a-t-on vérifié son audition ?

 

Ce sont les premières choses à vérifier, et on n’y pense pas toujours avant de consulter un spécialiste…

 

Mais il faut aussi écouter les intuitions des mamans… regarder l'enfant et écouter la mère. Surtout si elles ont eu d'autres enfants avant qui leur pemettent de faire des observations précieuses.

 

Est-ce qu'on attend pour consulter ?

 

Non, plus on agit tôt, plus les modifications agiront rapidement et c'est plus facile quand ce n'est pas installé.

 

Qui aller voir : neuropédiatre ou neuropsychiatre ?

 

Neuropédiatre si problème neuro-développemental, neuropsychiatre si plutôt affectif.

 

L'entrée à l'école a-t-elle un effet révélateur ?

 

Oui. A la maison on arrive à un certain mode de communication propre à la famille, une sorte de communication intra verbale, par exemple. A l'école, l'enfant est alors plongé dans le grand bain, un contexte moins familier et les difficultés qui pouvaient ne pas être évidentes se révèlent… le corps enseignant est donc en première ligne et on a besoin de leur collaboration.

 

Les enseignants sont-ils formés  à cette particularité ?

 

On s’en rapproche de plus en plus. Il y a beaucoup d’informations qui circulent par le biais des académies, notamment.

 

Quelle est la place du psychologue ?

 

On peut aller le voir directement, c'est souvent vers eux que les enseignants ou médecins envoient. Ils font passer les tests au préalable, ce qui est très pratique (et même nécessaire) pour rentrer dans certains services spécialisés.

Comment faire la différence entre un enfant agité et un vrai hyperactif ?

 

La turbulence est normale chez un enfant. Petit, n'ayant pas encore le langage, il s'exprime par la psychomotricité.

 

Du mal à rester assis ? Avant 6 ans, rien d'anormal. En maternelle, on ne le leur demande pas toute la journée non plus.

 

N'aime pas attendre ? Normal aussi.

 

Toujours puni à l'école et pas de copain ? Là, c'est plus ennuyeux. Il a besoin d'entrer dans la vie sociale.

 

Fait toujours des bonds sur le canapé, même devant son dessin animé préféré ? Il est passionné… ce n’est pas si mal…

 

Alors, à quel moment est-ce pathologique ?

 

Ce symptôme a-t-il un impact négatif dans ces 3 milieux là : la famille, l'école, les amis. S'il y a un de ces 3 domaines (ou plusieurs) qui permet à l'enfant de se construire de touché, il y a pathologie.

 

 

Le TDAH (Trouble du Déficit de l'Attention avec ou sans Hyperactivité)

 

La souffrance des parents d'enfants agités est quelque chose de réelle. C'est une double peine : ils ont un enfant difficile à gérer et en plus on le leur reproche…

 

Les 3 caractéristiques du TDAH :

 

  • l’hyperactivité motrice : il grimpe de partout, se balance sur sa chaise, prend des risques,

 

  • le trouble d'attention : il oublie ses affaires, remplit mal ses cahiers, ne marque pas sur l'agenda, est distrait par le stylo du voisin…

 

  • L’impulsivité : la plus difficile à vivre socialement, même ses copains ont du mal avec lui car il coupe toujours la parole, est incapable d’attendre, ne sait pas différer le plaisir du désir.

 

Il n'y a pas cependant pas besoin d'avoir les 3 caractéristiques ci-dessus pour rentrer dans le diagnostic de TDAH. Un seul suffit s’il est vraiment significatif.

 

Le TDAH peut se manifester que dans les apprentissages, par exemple, dans le cas des enfants juste concernés par l’inattention.

 

Quand un enfant est agité et impulsif, il faut consulter. Au préalable, il faut vérifier s’il n’y a pas un trouble de l'audition que l’enfant compense par une agitation et si ce n’est pas le cas, il faut consulter. Quand on écoute les parents, il y a le problème depuis toujours, l'histoire de cet enfant est marquée par une agitation.

 

Le TDAH concerne 3 à 5 % des enfants, c'est-à-dire 1 a 2 enfants par classe (environ 400.000 enfants de moins de 18 ans).

 

Attention ! On ne pose pas le diagnostic avant l'âge de 6 ans, car, avant, il est normal de ne pas savoir rester assis, par exemple (voire plus haut).

 

Est-ce que ça touche plus les garçons que les filles ?

 

Ça concerne 5 garçons pour 1 fille mais il y a une subtilité… les filles sont plutôt du type inattention, et du coup, c’est plus discret…

 

Et l'enfant, souffre-t-il ?

 

Oui. Déjà, on lui reproche tout le temps d'être mal élevé. Et puis, il se retrouve isolé, exclu du groupe.

 

On peut cependant transformer ça en force, en tremplin. Ça dessert mais ça peut servir aussi et c’est le but de la prise en charge.

 

Y-a-t’il plus d'hyperactif car c’est la mode au diagnostic ou l’hérédité est-elle en jeu ?

 

Oui, il y a une hérédité : on a un terrain génétique à développer ce trouble, et si l'environnement souffle sur les braises ça peut se développer… et notre société est hyperactive…

 

Il y a une certitude dans le développement de l'hyperactivité au niveau génétique, mais il n'y a rien de prouvé sur une relation avec le diabète ou la prise de toxiques…

 

Quels sont les risques ?

 

Il y a des risque pour la santé : ce sont des enfants qui se blessent souvent car ils tombent, ne font pas attention et se mettent en danger.

 

Il y a aussi un gros risque de non intégration sociale et d’échec scolaire.

 

Il y a proportionnellement plus de dépressifs chez les hyperactifs, ceci s’explique par l’effet domino : pas équipé pour être attentif, l’enfant hyperactif va à l'échec scolaire, qui va à la perte d'estime de soi, qui va à la dépression (tant qu'on est pas repéré).

 

Faut-il à tous un traitement ?

 

Non. Déjà, il y a différents degrés. On aide ceux qui en ont besoin, ceux qui ont un milieu familial pas contenant et qui ne sont pas compris par leur maîtresse : eux ont besoin d'être aidés par un traitement, mais les enfants qui ont de bons supports (parents, maîtresses) peuvent plus facilement s’en passer (c’est bien sûr au cas par cas et au médecin spécialiste d’en juger).

 

La question du traitement… ça fait beaucoup débat…

 

Aux Etats-Unis, il y a énormément d'enfants traités (10%), mais cette dérive-là n'arrivera pas en France car la prescription est vraiment protégée. Il n'y a qu'en milieu hospitalier qu'on peut faire la première prescription, les médecins de ville ne peuvent que renouveler, et seulement pendant un an.

 

Certains enfants en ont besoin mais ce sont des spécialistes qui ont l'habitude de ce trouble-là qui peuvent en décider et en éliminant d'autres causes possibles de l'agitation.

 

Vu le nombre de cas traités dans le monde, on en sait les conséquences et contre-indications (c’est au moins un avantage pour savoir l’impact du traitement…).

 

La règle est de commencer par des stratégies éducatives, pédagogiques et d'autres formes de prises en charge comme la psychomotricité qui leur apprend à contrôler leur impulsivité.

 

La Ritaline (ou autre dérivé du méthylphénidate) vient en 2ème indication, et en complément de ces premières mesures. On ne la donne jamais avant 6 ans, et lorsque le diagnostic est sûr.

 

En principe, on évalue d'abord les compétences attentionnelles grâce à certains bilans, mais un médecin expérimenté peut aussi s'en passer s'il a pris le temps de faire une enquête par des questionnaires à faire remplir aux enseignants, parents et thérapeutes (orthophonistes…) : le questionnaire de Conners. Celui-ci est un très bon évocateur du trouble.

 

On ne doit jamais culpabiliser les parents : ils sont responsables du bien-être de leur enfant mais par coupables de ses troubles du comportement. Et on ne dit pas à l'enfant qu'il est paresseux ou débile ou qu'il le fait exprès, on lui explique son trouble et on lui dit ce qu'il va falloir changer et comment. Une règle éducative : la fermeté bienveillante.

 

La composition de la famille peut-elle entrer en jeu ?

 

Quand on a un enfant hyperactif, il faut des parents cohérents, qui travaillent ensemble et peuvent se passer la main quand ça ne va pas bien. Celui qui est le mieux psychiquement est celui qui peut le mieux s'en occuper.

 

 

L'autisme

 

Quand un enfant communique peu, on pense vite à l’autisme… C’est un diagnostic qui fait peur.

 

Y-a-t’il une vraie différence avec les enfants qui ne sont pas agités et communiquent mal et l’autisme ?

 

Oui, l’enfant autiste n’est jamais rentré avec une communication standard, de façon visuelle et du côté du langage avec ses parents.

 

Il y a une règle : les troubles qui ont toujours existé depuis l’enfance sont des troubles constitutionnels alors que si cela arrive d’un coup alors que tout a été bon avant, c’est qu’il y a une cause psychologique (événement perturbateur à rechercher, relation qui se dégrade…).

 

Quand s’inquiéter ?

 

Quand cela a un impact dans sa vie familiale, scolaire, sociale et que l’on voit que l’enfant souffre.

 

Les signes :

 

  • Troubles de la communication et des interactions sociales, de la relation avec l’autre, très tôt, même vis-à-vis des parents (il faut bien sûr éliminer un problème de vision au préalable, ce qui est possible dès les premières semaines de vie). Problème de communication visuelle mais aussi motrice : cet enfant ne tend pas les bras quand on vient le chercher dans son lit… il ne comprend pas les attentes de ses parents : si on lui montre quelque chose avec son doigt, il ne comprend pas qu’il faut regarder dans cette direction, il regarde le doigt. C’est un problème neurologique dans la compréhension des attentes et des émotions d’autrui.

 

  • Intérêts répétitif et restreints : il fait rouler les petites voitures, regarde les lumières et ne s’intéresse qu’à ça…

 

Attention, cependant, les autismes de haut niveau (Asperger) savent communiquer mais ils ne rentrent pas dans la vraie communication, ils ne comprennent pas les nuances de langage, ne comprennent pas ce que les autres attendent.

 

Les personnes autistes n’ont pas le même langage, la même communication que les autres, et il est important pour eux de pouvoir le diagnostiquer tôt pour les aider au plus tôt… tout comme pour apprendre une langue étrangère : plus tôt on s’y met, plus c’est facile de se l’approprier.

 

Il faut s’approcher des CRA (Centre Ressources Autisme) pour demande une évaluation pluridisciplinaire. Ce trouble concernerait 1 enfant sur 150, ce qui est quand même une grande proportion. Le nom exact aujourd’hui est le Trouble du Spectre Autistique (TSA), qui va de l’enfant très replié sur lui-même à l’autiste de haut niveau.

 

Le DSM V est un document qui permet de diagnostiquer les problèmes psychiatriques et de diagnostiquer plus facilement ces difficultés, et une harmonisation de points de vue entre les médecins.

 

Un traitement pour l’autisme ?

 

Il n’y a pas de traitement pour l’autisme, mais une rééducation qui lui permet d’acquérir le système de communication qui lui manque. Il existe de partout des ateliers d’habilitation sociale qui lui apprennent que faire dans telle situation.

 

On a accusé longtemps les parents d’être responsables de ce trouble, mais c’est aujourd’hui reconnu, c’est lié à un dysfonctionnement neurologique. Il y a bien sûr des interactions environnementales, comme dans chaque chose mais il faut arrêter de culpabiliser les parents.

 

La prise en charge est très intéressante et permet aux enfants d’entrer dans la communication alors que sans elle ils n’auraient pas pu.

 

 

La dépression de l’enfant, ça existe ?

 

Oui, elle concerne 5% des enfants. Un des signes chez le garçon, dès 3, 4, 5 ans, c’est l’agitation, l’agressivité, l’impulsivité (l’enfant qui mord…).

 

Un enfant triste, qui semble déprimé seulement depuis peu alors qu’il ne l’était pas avant, on doit d’abord se poser la question de la dépression.

 

 

L’enfant surdoué

 

On le sait aujourd’hui : il y a 3% d’enfants surdoués, ce qui veut dire 1 à 2 enfants par classe. Ce sont des enfants qui méritent qu’on s’y arrête parce que plus tard on fait le diagnostic, plus tard on met des aménagements tellement simples qui vont leur changer la vie que c’est dommage d’attendre !

 

Ce n’est pas une maladie et il ne faut pas en faire une maladie.

 

C’est un enfant qui a un Q.I. supérieur à 130, mais parfois, ce résultat est baissé par une DYS, un trouble d’attention, une maladresse qui va faire chuter le Q.I. Total… on ne s’arrête donc pas sur celui-ci mais on s’intéresse au Q.I. verbal, la partie langagière. Mais un enfant surdoué, c’est avant tout :

 

  • Un enfant intelligent

  • Un enfant hypersensible

  • Et surtout qui a la rage de maîtriser, qui veut contrôler tout ce qui se passe et faire tout seul.

 

Le Q.I. est un des éléments, on l’analyse, on cherche comment il se construit chez cet enfant, et on met ça en perspective avec son comportement, sa façon de fonctionner. C’est le tout qui permet le diagnostic.

 

Un enfant épuisant qu’il faut nourrir en permanence ?

 

Oui, ils sont en attente, curieux de tout très tôt. Ils peuvent être fatigants car ils ont les moyens de s’exprimer sur tout et les arguments : pourquoi il n’a pas besoin d’aller se coucher, pourquoi s’habiller avec tel habit car les étiquettes le grattent…

 

Il faut les nourrir car ils en ont besoin ; si on ne nourrit pas leur intellect, ils s’ennuient et quand ils s’ennuient, ils pensent et l’effet loupe de la précocité (ils voient en plus gros ou ce que les autres ne voient pas) fait qu’ils se posent trop de questions sur des choses existentielles et cela les rend très anxieux.

 

Le corps enseignant a évidemment un rôle très important, essentiel.

Commentaires (2)

myriam-garcia
  • 1. myriam-garcia (site web) | 16/06/2016

J'en connais 2 qui se sont créées récemment et essayent de répondre à la problématique des enfants différents, quelles que soient cette différence. L'une en région lyonnaise, l'autre ouvre en Normandie à la rentrée 2016.

LACOME
  • 2. LACOME | 08/06/2016

J'ai deux fils "surdoués", DYS et TDA. J'ai trouvé des structures scolaires traitant les deux premiers indépendamment, mais pas les trois en même temps. Ils ont tous les deux de grosses difficultés scolaire. Le plus grand 14 ans à déjà redoublé deux fois. Le petit 10 ans redouble cette année. Une école pour surdoué était prête à les prendre, mais apres avoir vu leur dossier détaillé, ils nous ont expliqué avoir des doutes sur leur capacité à gérer les trois troubles en même temps.
Y a t'il des strucutures capables de gérer ce type de profil?

Cordialement, Robert LACOME

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Date de dernière mise à jour : 27/06/2016