Gérer les émotions

Une superbe conférence de Jean-François Laurent

Voici le compte-rendu de la conférence de Jean-François Laurent, organisée par l'AFEP Rhône le 9 avril 2015

 

Les ENFANTS HP- Leurs émotions, leurs besoins.

Comment gérer le quotidien à l’école et à la maison ?

Conférence de Jean-François LAURENT1

Jeudi 9 avril 2015

 

Certains enfants se font remarquer car ils mettent le bazar en classe, et parmi eux il y les enfants précoces… Bien souvent cela leur attire des ennuis et ils peuvent perdre confiance.

Comment leur donner confiance, ou leur redonner confiance ?

Il faut déjà que l'adulte lui-même ait confiance en lui. Posons-nous cette question : de quoi voulons-nous qu'il se souvienne en pensant à nous plus tard ? Certainement de celui qui lui a donné confiance en lui.

Comment faire si nous manquons nous-mêmes de confiance ? Se féliciter soi-même ! Il nous faut nous rendre compte de ce que nous faisons de bien, et cela nous redonnera confiance. Comment faire ? Noter chaque soir nos 3 réussites du jour (et nous en trouverons toujours).

 

Qu'est-ce que l'enfant précoce ?

 

C'est un enfant qui fonctionne différemment par :

 

Une hyper efficience intellectuelle

 

Un précoce croit que tout le monde pense comme lui, il ne fait pas la différence.

 

Une hyper efficience émotionnelle

 

Une émotion, c'est physiologique. Le sentiment, c'est affectif. Chez un HP tout rentre de façon plus forte. Il ne peut pas être moins émotionnel, c'est sa façon de fonctionner : tout va plus vite, plus fort, de façon plus dense. Les zones sont développées différemment, il est dans l'hyper émotion car le cerveau est différent, toutes les informations vont plus vite.

 

Une pensée en arborescence (ou qui va très vite)

 

C'est le fait de penser à un truc qui amène à un autre truc puis un autre truc et tout cela s'enchaîne… et il faut arriver à redescendre de l'arbre.

 

Un cerveau qui n'a pas de pause

 

Un HP est un enfant qui se lève le matin avec un cerveau qui bouillonne déjà, et celui-ci ne s'arrête pas le soir… d'où les difficultés d'endormissement.

 

… et tant d'autres hypothèses à découvrir ou confirmer grâce à l'apport des neurosciences aujourd'hui…

 

Par contre, on peut jouer avec son cerveau en lui donnant plus de d'affection, de douceur, de sécurité, de cadre, là on lui fournit de l’ocytocine… en faisant plus de sport on lui fournit de la sérotonine. Ces deux hormones ont un effet très bénéfique sur le cerveau.

 

Le pouvoir des câlins

 

L’ocytocine, hormone qui se libère en nous lorsque nous faisons des câlins, avons des mots gentils, affectueux… permet d'être plus patient, de faire baisser l'anxiété et le stress. Elle renforce l'estime de soi et cela nous aide à produire de la dopamine, hormone de la motivation et de la bonne humeur. C'est pour ça qu'un câlin est si efficace contre la douleur et les mauvais moments…

 

Si on évoque à la fin de notre journée 3 belles actions que nous avons faites au cours de celle-ci, et que l'on y plonge tous les soirs, nous reverrons notre vie en positif et gagnerons confiance en nous.

 

Comment l'apprendre aux enfants ?

 

Les enfants ont besoin d'entendre des encouragements… même si ce ne sont que des petites réussites ! Grâce à cela, « je m'épanouis et je comprends ce que l'on attend de moi ».

 

Et c'est toute une équipe qui peut construire cela :

 

- la famille, bien sûr,

- mais aussi l'école, les structures collectives,

- les professionnels de santé.

 

C'est la réunion des 3 entités qui marche le mieux.

 

Quels indices doivent faire penser que l'enfant est HP ?

 

  • il scanne dès tout petit,

  • sa manière de parler : il a parlé plus vite ou mieux, il n'utilise pas un mot pour un autre, il nous reprend sur nos expressions (un besoin de précision, un perfectionnisme qui peut le bloquer dans certains apprentissages ou sur certains exercices),

  • il marche plus rapidement, ou ne passe pas par le 4 pattes (sa préhension de l'espace est différente),

  • il a des centres d'intérêt particulier : Harry Potter, l'espace, les croisades, les dinosaures. Il passe d'une passion à une autre passion,

  • il veut être scientifique ou paléontologue, des métiers qui cherchent à comprendre les choses,

  • ce sont des enfants qui se font remarquer à l'école par leur empathie, ils captent tous les signaux non verbaux et s'en imprègnent,

  • les garçons mettent le bazar ou sont rêveurs, les filles ont plutôt tendance à se cacher et à rentrer dans le moule.

 

Les parents mettent rarement en avant la précocité de leur enfant, ils se soucient plutôt des difficultés rencontrées.

 

  • les enfants précoces dépendent beaucoup de la relation avec leur enseignant : s'ils sentent que celui-ci les apprécie, ils travailleront mais s'ils ne se sentent pas apprécier, ils auront du mal. Que faire si c'est le cas ? Il faut leur parler franchement : « ok, tu n'aimes pas ce prof ! Mais en arrêtant de travailler, tu lui laisses avoir le pouvoir sur toi ».

  • quand les relations sont difficiles, ils sont débordés, ils explosent. Quand ils aiment quelqu'un ou veulent se faire aimer, ils tentent de forcer l'affection ou vont carrément enlacer alors que l'autre ne veut pas… l'autre n'a pas forcément les mêmes sens d'intérêt et l'enfant HP le comprend et il cherche à capter l'attention par tous les moyens possibles...

  • dans les fratries d'enfants HP, ils ne se loupent pas entre eux, toutes les émotions sont exacerbées.

  • en tant que citoyens, ils sont souvent délégués et les parents sont souvent parents d'élèves.

  • les actualités les touchent beaucoup trop.

  • ils ont une grande créativité… même en bêtises !

  • ils sont hypersensibles : tout rentre très fort et on n'y peut rien… il faut juste leur apprendre à le gérer.

  • ils ont un humour décapant, aiment les jeux de mots subtils.

  • ils ont un grand sens de l'injustice : une punition générale va les indigner, ils ne le supportent pas.

     

Tous ces aspects sont des choses qui se remarquent, mais il y a aussi beaucoup de particularités qui ne se voient pas…

 

  • l' image qu'ils ont d'eux est souvent dévalorisée, abîmée, même chez le plus frimeur. Elle est souvent même terrible car tout rentre tellement vite qu'ils n'ont pas le temps de guérir des blessures précédentes qu'une autre arrive encore. La réprimande prend chez eux des proportions incroyables. Ils ont le cœur tailladé, plus blessé que les autres. Toutes les remarques ou réprimandes de la journée se rajoutent les unes aux autres (« maman m'a grondé ? Elle ne m'aime plus », « la maîtresse me gronde, le copain me dit une remarque désagréable »… tout ceci s'accumule au fur et à mesure de la journée…).

 

 

Les enfants HP ont besoin de cadre bienveillant. La punition pour eux est injuste, car ils ont besoin de comprendre le sens de la règle. Il faut cependant noter qu'un précoce sans cadre est un enfant en danger, qui peut développer des comportements à risque, et même se développer de façon pathologique.

 

Ils sont les rois du « oui mais », ce sont les rois de la négociation, des arguments (et des bons). Comment leur donner un cadre ? En disant STOP. « j'ai entendu ton avis, mais là c moi qui décide ».

 

La famille

 

Une chose est sûre, c'est que quand on a un enfant précoce, il y a obligatoirement un parent qui l'est… voire les deux. Ceci est un risque de relation compliquée pour cette famille :

 

  • car elle peut vivre dans l'hyper émotion, la situation de leurs enfants rappelant aux parents des douleurs qu'ils ont vécues eux-mêmes...

  • parce que les parents peuvent en fait être plus experts que le professionnel : ayant vécu eux-mêmes la situation, ils peuvent avoir une connaissance pointue du sujet et le professionnel peut le prendre en mal. Il faut donc tenter de glisser les infos de façon discrète, petit à petit…

  • parce que les parents ont besoin d'être eux-mêmes reconnus, réassurés et de pouvoir collaborer dans l'ensemble du projet qui concerne leur enfant.

 

L'hyper efficience émotionnelle

Les HP sont de véritables éponges émotionnelles. Il y a un fort lien entre leurs émotions et leur intelligence. Jeanne Siaud-Facchin dit qu' »être surdoué, c'est une façon d'être au monde particulière ».

 

Si l'on vient de se disputer, par exemple, ils peuvent le ressentir et il faut dédramatiser en leur disant que l'on vient de se disputer, mais qu'il n'y est pour rien.

 

Ils sont Hyper tout.

 

L'effet loupe

Tout ce qui est bon pour un enfant HP est bon pour un autre enfant. Tout ce qui est donc mis en place, à la maison ou à l'école pour un EIP est bon pour tous les autres enfants, cela tire tout le monde vers le haut.

 

Les pièges de ces enfants

 

  • la posture de l'évitement : il essaye une fois, deux fois et si ça ne va pas, il laisse tomber.

  • il est toujours insatisfait, il minimise tout « c'est normal », « ce n'est rien ».

  • il est dans l'auto-dérision (il préfère se moquer de lui-même).

  • il peut aller dans l'auto-mutilation (se scarifier, se ronger les ongles, s'arracher les cils, les ongles) : cela le soulage mais ça montre qu'il va mal.

  • il peut vouloir se détruire : le taux de suicide est plus important chez les HP.

  • il tombe dans l'addiction aux écrans : la vie est trop dure pour lui, il préfère aller dans le monde virtuel, c'est sa façon d'entrer en contact avec le monde.

  • il préfère rêver.

  • il a plus vite tendance à fumer et fumer plus que les autres : quand on le découvre, il ne faut pas faire semblant de ne pas savoir, on lui dit carrément et on pose l'interdit.

  • il se réfugie dans la lecture : s'il ne fait que ça, ce n'est pas bon non plus.

  • il est victime des autres, il se sacrifie : ils sont souvent des boucs émissaires car il sont différents, plus sensibles et ne savent pas se défendre. Il faut leur donner des outils, des billes pour ne pas tomber dans ce piège.

  • Il se désocialise : il a du mal à aller au contact des autres car il n'a pas tous les codes.

  • Il se déscolarise : ça peut être bien un certain temps, quand c'est vraiment trop dur, mais c'est bien si c'est volontaire.


Des statistiques ont montré que l'approche que l'on a des enfants HP dans les écoles est très mitigée :

 

  • seulement 40 % des enseignants ont une approche bienveillante des HP,
  • 20 % ont une opinion neutre,
  • 40 % ont une opinion malveillante.


Il se dit des choses impressionnantes sur ces enfants :

  • « il est surdoué ? Alors pourquoi n'est-il pas le premier de la classe ? »
  • « il a un QI supérieur ? Ah oui, et pourquoi pas les miens ? »,
  • « et pourquoi pas moi ? »

 

Cela réveille chez certains des blessures narcissiques.

 

Que faire pour aider un enfant HP ?

 

Veiller à l'ennui

Si l'enfant HP est en sous-régime il y a danger. Il faut nourrir sa demande intellectuelle. Un saut de classe permet d'aller les chercher dans leur zone proximale de fonctionnement et ça leur est bénéfique.

 

Un HP qui s'ennuie ne va pas bien, il a des idées noires et il devient arrogant et agressif, a de mauvais résultats scolaires, il fait des cauchemars… L'idée du saut de classe est vraiment à exploiter quand l'enfant est très différent à la maison (il y montre toutes ses capacités intellectuelles, fait des puzzles élaborés…) et que son comportement à l'école le ferait presque passer pour un enfant anormal.

 

Cependant, on ne propose un saut de classe qu'à un enfant qui va mal. Si il va bien, qu'il mange normalement, dort normalement et a des copains, il n'y a pas lieu de le faire sauter, il est bien.

 

Proposer du complexe

Pas du compliqué, ni plus d'exercices (il faut même leur en proposer moins car il comprend plus vite) mais de l'approfondissement ou d'autres sujets car sinon il fera plus vite et s'ennuiera… et il fera le pitre…

 

Avoir une pédagogie de projet

L'enfant HP a besoin de savoir pourquoi il bosse, de donner du sens à ce qu'il fait ou apprend.

 

Comprendre qu'il y a un déficit métacognitif

Il ne sait pas comment il a trouvé la réponse, elle lui vient instinctivement : il faut l'aider à expliquer son travail, sa démarche.

 

Comprendre son organisation

L'HP aura un bureau très encombré, et c'est comme ça qu'il travaillera bien, ou alors, s'il est psychorigide, il sera au contraire parfaitement rangé… ce qu'il faut, c'est les aider à s'organiser.

 

Faire marcher le tutorat

Leur permettre d'aider quelqu'un :

 

  • par leur empathie, les enfants HP adorent aider les autres,

  • cela leur permet aussi de personnaliser une relation,

  • et comme ils doivent aider l'autre, ils sont obligés de réfléchir à la façon dont ils ont travaillé et d'expliquer leur réflexion.

 

Utiliser des outils modernes

Il y a un gros décalage entre leur vie à la maison et celle à l'école… et il est très difficile de travailler sur des photocopies en noir et blanc ou des images à colorier alors qu'à la maison, ils sont habitués aux outils numériques et à utiliser Google Earth…

 

Accepter qu'ils sont multitâches

Il faut accepter qu'ils peuvent faire plusieurs choses en même temps, et même, l'officialiser.

 

Respecter leurs besoins de rituels

Un signe convenu, un clin d’œil… leur besoin de reconnaissance est énorme.

 

Accepter d'être larges

 

Attention aux notes !

Ils y sont très sensibles, cela peut les blesser beaucoup.

 

Etablir un climat de coopération, pas de compétition

Tout doit être mis en place pour la réussite : pas de classement de moyenne, de remarques désobligeantes.

 

« plus tu as confiance, plus tu es »

 

Donner des chaudoudoux

Leur dire ce qu'ils font de bien, à chaque fois. Donner des chaudoudoux (selon Le conte chaud et doux des chaudoudoux de Claude STEINER), c'est :

  • donner un signe de reconnaissance positive,

  • explicite,

  • gratuit,

  • inépuisable,

  • et fait du bien autant à celui que le donne que celui qui le reçoit.

 

Cela établit un climat de confiance et fait produire de l’ocytocine !

 

85 % des annotations sur les bulletins scolaires sont soit négatives, soit neutres (« peut mieux faire )...

 

Il faut savoir dissocier l'enfant de ce qu'il est et de ce qu'il fait.

 

LES EMOTIONS

 

La joie

  • se partage,

  • fait du bien,

  • se manifeste

  • est sonore.

 

La colère

  • s'entend, mais exprimée, elle fait boule de neige sur les autres : le problème est donc de savoir l'exprimer.

  • est utile : elle permet de classer quelque chose qui fait mal, de s'en débarrasser.

 

Entre adultes, les relations sont égalitaires, mais avec un enfant, si on émet un jugement de valeur, celui-ci s'exprime en humiliation, qui donnera haine, rejet ou retrait.

 

On peut et il faut exprimer sa colère avec bienveillance :

  • on a le droit de parler fort,

  • on peut prendre de la distance si on en a besoin (aller bouder, aller faire un tour)…

 

Ce qu'il faut, c'est :

  • parler en « je » (pas en « tu »),

  • nommer des faits,

  • parler de ses ressentis,

  • exprimer ses besoins,

  • et une fois passé dessus, c'est fini, on ne revient pas, on n'inflige pas de double peine.

 

Si on atteint la bulle intérieure de l'autre, on l’abîme. S'il nous arrive de rentrer dans l'accusation, on doit se reprendre par derrière.

 

(cf de bons conseils sur antidéprime.com)

 

Il y de petits trucs à tester :

  • créer une boite à colère, dans laquelle on met des petits papiers de ce qui nous énerve,

  • utiliser une balle en mousse pour se décrisper,

  • écrire ce qui nous énerve sur un papier, puis le froisser, le compiler, le jeter dans les toilettes et tirer la chasse d'eau…

 

Pour un enfant, il est très important de rester zen au moment du coucher… même après le énième et dernier « maman »…

 

La peur

  • Il ne faut jamais dire « n'aies pas peur » ou « ne soit pas triste », ce sont des sentiments normaux, qu'il est normal et sain de ressentir.

  • Il faut plutôt expliquer et accompagner « pourquoi as-tu peur ? »

  • ne jamais mettre en avant la peur en s'écriant « attention ! »

  • nous ne sommes pas obligés de menacer, de faire peur… il faut plutôt jouer sur l'intelligence de l'enfant.

 

La tristesse

  • il ne faut pas dire « ne pleure pas » ou « ne sois pas triste », ce sont des sentiments normaux et sains,

  • il faut savoir accueillir la tristesse, la raconter : pour pouvoir en sortir, il faut déjà rentrer dedans. « je comprends » lui montre qu'on l'a entendu et il s'arrête. C'est le moment de savoir écouter l'autre.

 

La sanction

 

On sanctionne mais on ne punit pas. Punir, ça blesse, ça humilie et cela n'apprend rien. Un enfant fait plein de fautes d'orthographe ? On ne lui fait pas recopier 100 fois, non seulement ça ne sert à rien mais ça l'humilie.

 

La punition est contre-productive. Votre enfant a mangé 2 éclairs au chocolat juste avant le repas, devant la TV. Vous le punissez de TV… qu'est-ce que cela va faire en lui ? Vous aurez juste sacraliser la TV. Il faut plutôt se demander de quoi aurions-nous besoin pour avancer ensemble ? Eh bien, il suffisait de lui demander de préparer le repas, seul, ou avec vous et d'ensuite le féliciter de l'avoir fait. Cela lui apprend le bon geste, la bonne attitude et ça lui permet de récupérer son erreur.

 

A l'école, c'est pareil : il faut se poser la question «  de quoi ai-je besoin pour me sentir bien avec ce jeune ? » « que faire pour qu'on continue à travailler ensemble ? » Il faut que dans la relation tout le monde soit gagnant-gagnant, pas un qui gagne et l'autre qui est humilié.

 

Il y a des faits et il y a des ressentis,

Il y a une règle mais il y a d'autres possibilités,

Il y a un besoin : celui d'une réparation...

et celui d'une fin.

 

Un enfant en a tapé un autre… que faire ?

 

  • Ne pas lui dire « pourquoi tu as tapé ? » : ça veut dire qu'il peut y avoir une raison de taper…

  • Ne pas demander « qui a commencé ? » mais :

    • « que s'est-il passé ? »

    • « qu'as-tu ressenti ? »

    • « en quoi cette règle te protège ? »

    • « pourquoi n'a-t-on pas le droit de taper ? »

    • « comment faire autrement ? »

 

  • puis lui demander :

    • « de quoi as-tu besoin maintenant pour te sentir bien avec lui ? Un enfant dira « qu'on se sert la main », un autre « qu'il me laisse tranquille » et d'autre « qu'on rejoue ensemble »… on va respecter le besoin de chacun.

 

La règle est NE PAS PUNIR, mais aussi NE PAS ISOLER.

 

Évidemment, ne pas TAPER : quand on parle de fessée sur un adulte, c'est une agression.. sur un animal, c'est de la cruauté… et pour un enfant, ça serait normal ou pour son bien ?

 

Les méfaits d'une punition sont nombreux et divers :

 

  • s'il y a des effets sont immédiats, ils sont de courte durée,

  • cela rend les enfants plus anxieux, encore plus perturbateurs et les met dans de mauvaises conditions pour répondre aux apprentissages,

  • ils seront en effet corrects devant l'adulte, par peur de se faire punir à nouveau… mais c'est les installer ensuite dans une situation de « pas vu ? Pas pris... ».

  • cela incite à la rébellion, à la revanche ou au retrait.

 

Il est beaucoup plus facile d'élever un enfant que de réparer un adulte.

 

Alors, les enfants HP ont-ils besoin d'apprendre différemment ?

Ils ont besoin de sens, d'interaction et de complexité.

 

Faut-il répondre à leurs demandes ?

Oui, s'ils sont en demande, il faut répondre à ce besoin.

 

Faut-il les regrouper entre eux ?

Sur certains temps spécifiques, cela peut leur faire du bien mais pas tout le temps, il faut une certaine hétérogénéité, car ils doivent aussi apprendre à vivre avec les autres.

 

Le conseil de famille

 

Les principes :

  • il concerne tous les membres de la famille,

  • il est fait pour un problème récurrent qui persiste,

  • il donne une structure de famille officielle,

  • chacun a la parole,

  • chacun écoute activement,

  • il peut être demandé par n'importe quel membre,

  • on prend le temps nécessaire,

  • on ne peut rediscuter la décision prise que lors d'un autre conseil de famille.

 

Chacun peut y donner place à ses propres émotions.

 

Nous avons deux cadeaux à offrir à nos enfants : des racines et des ailes. Les racines de la famille, les ailes pour pouvoir voler seul…

 

Il y a des choses à leur apprendre… par exemple, qu'il ne faut pas sourire quand on le gronde. Ça arrive parfois, et il ne faut pas mal le prendre… il leur arrive de sourire pour détendre l'atmosphère, et non pas par provocation, comme on pourrait facilement le croire…

 

Être précoce, c'est être hyperactif ? Non, sauf dans le cadre d'une hyperactivité bilantée (TDAH ou autre), il n'y a pas lieu de croire qu'un enfant précoce est plus bougeon qu'un autre. Un enfant HP qui s'excite, c'est parce qu'il s'ennuie, il a besoin de bouger, de faire des activités.

 

Un enfant précoce négocie beaucoup. Il faut lui apprendre que tout ne se négocie pas, il faut savoir dire STOP. « je ne veux plus en parler, le sujet est clos ».

 

Quand on dit une chose, on la fait.

 

S'il a du mal à respecter les règles, il faut bien les définir, les lui dire et lui apprendre à les respecter. Il n'est pas à l'heure à table ? On mange sans lui… il apprendra pour la prochaine fois.

 

Quand il joue à un jeu vidéo, qu'il est au téléphone ou regarde la TV, on respecte son temps. Il y a une telle interactivité dans ce domaine qu'il faut lui laisser le temps de finir. Pour cela, il faut anticiper le temps de fin, le prévenir.

 

Quelle règle établir concernant les portables ? Il est interdit de le laisser allumé pendant la nuit. Le téléphone doit être posé dans un panier le soir et éteint.

 

Il faut aussi contrôler internet. Suivre la règle des 3, 6, 9 , 12 (Serge TISSERON)2 :

  • 3 : pas d'écran avant 3 ans,

  • 6 : pas d'écran seul avant 6 ans,

  • 9 : début d'internet accompagné

  • 12 : pas d'internet seul avant 12 ans.

 

2 références à lire : « La discipline positive » et « La fabrique à bonheurs » de Jane NIELSEN.

 

Quand un enfant HP ne supporte pas de ne pas y arriver, il faut :

  • savoir recueillir sa colère,

  • lui permettre de la sortir,

  • l'accompagner.

 

Ce sentiment de frustration est très fort chez eux, plus que chez un autre enfant.

 

S'il a tendance à taper, on lui dit «non. Tu es en colère, viens, je vais t'aider ». Il ne faut pas crier car ils sont déjà débordés par leurs émotions et plus rien ne rentre dans leur cerveau. Il faut trouver la raison de cette colère, la légitimer et bien se rappeler qu'ils ne peuvent se contrôler… à nous de les aider.

 

Quand on n'en peut plus, il faut savoir l'admettre.

 

Si on n'arrive pas à le calmer, on lui propose de respirer – on peut aussi passer ENSEMBLE sous la douche.

 

Un HP a un imaginaire débordant : il faut savoir lui dire « Stop ! Maintenant, écris-le ou dessine-le, mais c'est trop pour moi, j'ai besoin d'une pause ».

 

Il nous faut miser sur son intelligence.

 

Quand il vit une injustice, il faut lui dire qu'on est d'accord, c'est une injustice ; on ne va pas soutenir l'insoutenable mais il faut lui permettre d'aller au-delà – on lui suggère par exemple d'écrire cette injustice, de se soulager sur le papier, papier que l'on déchire ensuite pour passer à autre chose.

 

Les TOCS sont des signes qu'il y a une difficulté, que l'enfant ne va pas bien. Il faut traiter cette difficulté, en consultant un psychologue, par exemple.

 

 

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Cette conférence était organisée par l'AFEP du Rhône, service départemental de l'Association pour les Enfants Précoces

www.afep.asso.fr

 

1 Jean-François LAURENT : après avoir travaillé pendant 30 ans dans l’Éducation nationale comme professeur, enseignant spécialisé, chef d'établissement, il est depuis quelques années formateur, expert en médiation scolaire, spécialiste de la précocité intellectuelle, écrivain et conférencier.

 

Lien à son site internet : http://www.jeanfrancoislaurent.com/

Lien à son blog : http://jean-francois.laurent.over-blog.com/

 

 

2 Serge TISSERON est psychiatre, docteur en psychologie, habilité à diriger des recherches à l'université Paris VII Denis Diderot :

 

Lien à la brochure de yapaka.be « Grandir avec les écrans, la règle du 3-6-9-12 » : http://www.yapaka.be/sites/yapaka.be/files/publication/ta-64-ecrans-tisseron-web.pdf

Lien à la vidéo « 6-9-12 Apprivoiser les écrans et grandir » : https://www.youtube.com/watch?v=1og1OQERdvI

Les affiches : http://www.sergetisseron.com/3-6-9-12/campagne-d-affiches/

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Compte-rendu rédigé par Myriam GARCIA

 

 

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Date de dernière mise à jour : 31/03/2016