Un eip peut devenir un élève heureux - ou le redevenir

Conférence de Frédérique TRASANCOS* - Colloque de Lyon samedi 17 mai 2014

Une chose est sûre, il n’y a pas suffisamment de formation offerte aux enseignants sur les EIP. Il n’y en a déjà aucune en formation initiale et trop peu en formation continue… alors que beaucoup d’enseignants sont intéressés par le sujet.


Il est pourtant important d’apprendre comment un enfant précoce apprend (pas comme les autres). On peut pour cela s’appuyer sur les travaux d’Olivier REVOL et sur l’avis de différents professeurs déjà confrontés à la problématique.


Chaque enfant est unique, avec une histoire personnelle et un profil cognitif qui lui appartiennent. Il faut donc travailler au cas par cas. On en est encore aux tâtonnements et à une période d’essais…


On entend beaucoup parler de ce qui ne fonctionne pas, mais pas de ce qui marche, et cela est bien dommage. C’est vrai, c’est très difficile, fatigant et épuisant de s’occuper d’enfants à besoins spécifiques, mais c’est aussi enrichissant ! Cela permet de décider une nouvelle stratégie d’éducation, qui, en plus, marche pour tout le monde !


Ce qu’il faut, c’est que l’école s’adapte à eux (et non l’inverse).


Un EIP n’apprend pas comme tout le monde


La mémoire


Il n’a pas la même stratégie de mémorisation. Bébé, la mémoire fonctionne à l’affectif et va d’épisode en épisode. Cette mémoire s’inscrit dans le long terme et le très court terme. Le bébé apprend par les essais répétitifs. Tout ce qu’il apprend rentre dans une mémoire de procédure (mémoire de travail), puis on passe ensuite dans la mémoire à
long terme (savoir lire).


L’EIP, lui, reste dans la mémoire affective : si ça l’intéresse il retient, si ça ne l’intéresse pas, il ne retient pas… Cela se voit dans l’apprentissage des tables de multiplication qu’il est difficile de lui faire apprendre ! Pour lui, ce n’est pas intéressant car il préfère savoir comment on arrive au résultat plutôt qu’apprendre par cœur. Ce n’est pas qu’il ne veut pas, ce n’est juste pas sa manière de fonctionner. Il faut donc lui apprendre à utiliser sa mémoire affective pour apprendre !


Le sommeil


Le sommeil profond permet d’intégrer les procédures (mémoire de travail) et donc, le savoir faire. Le sommeil paradoxal est celui des rêves et des expériences affectives de la journée. Ce sommeil paradoxal se réduit normalement en grandissant mais moins chez l’EIP. Il reste beaucoup plus long, ce qui le rend plus fatigable. De plus, c’est ce qui explique aussi qu’il fasse plus de cauchemars, qui, eux, entraînent les réveils nocturnes… (d’où encore plus de fatigue). Son temps de sommeil pour s’approprier les stratégies est donc plus court et cela fait qu’il mémorise encore plus de façon affective.


Un livre intéressant à lire à ce sujet : Les neurones de la lecture de Stanislas Dehaene – Editions Odile Jacob.Lorsqu’on pose un problème à un enfant HP, tout plein d’endroits s’allument dans son cerveau et la réponse tombe.


Il ne pense pas de la même manière, ses chemins cognitifs sont différents, c’est comme s’il jetait un filet et qu’il le ramenait aussitôt : sa réflexion n’a pas le temps d’arriver dans le conscient, un EIP sait ou ne sait pas.


Ses démarches cognitives


L’EIP n’aime pas la répétition, il sait mais il ne construit pas. Un enfant classique regarde la normalité, réfléchit aux possibilités, les écartent une à une. S’il se trompe, il change
de chemin et finit par arriver à la solution. Quand il a trouvé le bon chemin, il le refait (l’expertise). Il aura cependant toujours besoin de refaire ce chemin. L’EIP va direct dans toutes ses branches, en tout sens et il arrivera au résultat sans savoir comment. Si vous lui demandez comment il y arrive, il ne saura pas l’expliquer, mais répondra « c’est ça, c’est dans ma tête ». C’est pour cela qu’il ne s’autorise pas à se tromper, car il ne saura pas où il s’est trompé et voit donc mal comment corriger.


Il y a des techniques qui permettent à l’élève de prendre mieux conscience de son cheminement, mais les enseignants n’y sont malheureusement pas formés.


Il faut déjà tenir compte de ses démarches cognitives :


1. Tenir compte de son langage (très rapide et très tôt ou tard mais précis tout de suite) : il comprend vite la nuance, la notion des mots (il faut d’ailleurs utiliser le bon mot).
Une arme absolue, c’est utiliser l’humour car c’est un jeu de langue, et c’est ce qu’il aime. Il est capable de comprendre les limites des choses, il suffit de lui expliquer.


2. La pensée intuitive : il faut s’appuyer sur ses intuitions – lui faire mettre la main à la pâte – quand il anticipe le résultat, lui demander comment il est en arrivé là ?
Pour leur apprendre à trouver leur chemin de réflexion, on peut par exemple créer des groupes de travail et demander à chacun d’expliquer une expérimentation, ceci permet à l’élève d’apprendre à construire quelque chose de transmissible.


Un exemple : le rallye des maths de l’Essonne (cf le site) : c’est un jeu de devinettes de maths. Les enfants se prennent au jeu car ils ont envie que les autres fassent comme eux.


3. Tenir compte de leur besoin affectif permanent : l’EIP en a besoin car il est plus anxieux et il a besoin d’être rassuré ; si on y répond, cela lui permet de lâcher prise. Rien n’interdit à un professeur de faire un câlin à un enfant qui en a besoin. Chez l’EIP c’est une nécessité réelle. Il faut lui montrer qu’on comprend qu’il en a besoin et on peut utiliser les temps d’APC ou de récré pour veiller plus particulièrement à lui.


4. La toute première défense d’un enfant qui se sent mal, c’est la régression. Un enfant précoce qui se sent mal redevient plus petit. Il vaut mieux ne pas l’autoriser à régresser mais plutôt trouver une solution pour l’inciter à accepter de grandir. Il faut pour cela se faire aider par la psychologue scolaire, si besoin. On peut aussi utiliser un tableau de motivation sous la forme d’une main : à chaque fois qu’il grandit, on colorie un doigt. Il faut énormément de patience pour l’aider mais cela en vaut la peine.

5. Leur donner le droit d’être différent : il faut absolument arrêter de leur dire qu’ils sont comme les autres, ils savent bien que non.


Des solutions !


1. Mettre en place des défis.


2. Il faut reconnaître l’EIP pour ce qu’il est. Il a le droit de ne pas fonctionner comme les autres. La première chose à faire pour que ça avance, c’est déjà de changer le regard des gens sur ce qu’est un enfant précoce. Ce n’est pas forcément un petit génie, premier de la classe. Un EIP a souvent un trouble associé (dys, TDA …). Comme il compense, on ne le voit pas toujours et un jour le souci prend le dessus et on ne comprend pas ce qu’il se passe.


3. Les enseignants doivent demander de l’aide, et il y a plusieurs moyens pour se former :

 

      • Faire appel aux conseillères pédagogiques (service des ASH de l’Education nationale).
      • Divers sites d’académies sont très développés : chercher dans le thème des enfants à besoins spécifiques dans les académies de Toulouse, de l’Essonne, Marseille, Lille, Lyon et Montpellier.
      • Aussi dans les dossiers ASH01, ASH69, ASH42 : il y a beaucoup d’outils et de protocoles par secteur.


4. Les classes à plusieurs niveaux sont idéales car elles permettent de travailler en groupe, et on peut casser les groupes quand il y en a besoin, pour que chacun travaille à son rythme.


5. Eviter la répétition ! Au lieu de faire plusieurs fois le même exercice, lui proposer d’en inventer un. Cela lui permet en plus de travailler l’écriture !


6. Pour les devoirs à la maison, si c’est difficile de les lui faire faire :

 

      • Lui expliquer que pour bien lire, il faut s’entraîner.
      • Faire appel à quelqu’un pour ne pas risquer une relation difficile entre parent et enfant (cousin, voisin...).
      • Apprendre par différentes méthodes : on peut très bien apprendre les multiplications tout en jouant à la balle et apprendre de façon ludique (CD « Les maths en chansons »).

 

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Frédérique TRASANCOS* est enseignante et formatrice en pédagogie pour EIP, 1er degré


Ce colloque était organisé par l’AFEP du Rhône.


A propos des conseillers pédagogiques :
http://neo.snuipp.fr/les-conseillers-pedagogiques,65
http://www.education.gouv.fr/cid76102/conseillers-pedagogiques-votre-metier-evolue.html


Compte-rendu rédigé par Myriam Garcia

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Date de dernière mise à jour : 31/03/2016

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