Pour une scolarité réussie des EIP

Conférence de Philippe SAURET* - Colloque du PSYRENE, Samedi 17 mai 2014


Philippe SAURET, *Référent EIP de l’Académie du Rhône, ouvre cette belle journée du Colloque du PSYRENE.


Ses premiers mots sont pour remercier les enseignants présents dans la salle, qui représentent 1/3 de l’assistance (300 personnes). Il trouve leur présence encourageante car elle montre leur implication et leur souci de s’occuper au mieux de nos enfants, de mieux les comprendre.


Car, en effet, la tâche n’est pas facile du tout. Après ces derniers mois exercés à son poste, il comprend que la vraie question qui se pose est : l’école française est-elle vraiment une école épanouissante ? Et il n’est pas sûr qu’elle le soit…


Quand on étudie les résultats PISA (qui prennent en compte les différentes cultures d’un pays à l’autre), ceux-ci montrent que l’école française est particulièrement à la traîne pour les élèves les plus en difficulté.


Philippe SAURET nous explique qu’il n’est pas spécialiste de la précocité, mais un spécialiste de la pédagogie à l’école et il constate que si 1/3 des enfants sont en difficulté avec l’école… c’est surtout l’école qui est en difficulté avec eux… Comment expliquer que 50% d’enfants n’arrivent pas à s’adapter à la norme moyenne ? Ce qu’on sait faire, c’est faire réussir les bons élèves. On se penche en effet sur l’élève qui sait se mettre à la norme, mais pas de ceux qui dépareillent : ni les excellents, ni les moins bons… l’excellent arrive à se débrouiller seul, tant mieux, mais si on se préoccupe de l’enfant qui a bien répondu, ce n’est pas le cas de celui qui a mal répondu… lui ne suit pas, mais tant pis, on continue LE programme !


Tous les jours le service de l’Académie reçoit un ou deux messages de parents qui ne savent plus comment gérer la situation.


En effet, à l’école, beaucoup d’enseignants ne comprennent pas car peu connaissent le sujet de la précocité. Ils ne sont pas formés pour ça. Il y a toute une équipe dans l’Académie du Rhône qui tente de répondre à tous les besoins.


Comment expliquer à un professeur que son enfant est différent ? Il faut leur dire qu’il n’est pas tout à fait comme les autres, tout comme certains enfants sont handicapés et demandent une prise en charge différente.


Au lieu de se dire « comment vais-je faire aujourd’hui ? », l’enseignant, lui, doit se dire « comment vais-je faire pour que cet élève qui est devant moi puisse aller au bout de ses talents personnels ? ». Il faut en effet que tous les enfants puissent aller au bout de ses propres talents, que chacun arrive à sa propre perfection.


Il faut aussi prendre plus de temps pour faire parler les élèves, que ce ne soit plus de l’apprentissage passif mais actif.


C’est aussi à nous, parents, de faire monter les besoins. Si la demande sociale collective n’est pas là, rien n’évoluera.


Il faut vraiment que l’école sache s’adapter.


Le but, c’est que l’enfant soit épanoui. Même s’il est HP, il ne faut pas lui demander d’être le premier de la classe, il ne nous faut pas avoir trop d’attente pour nos enfants. Il faut leur laisser le choix d’avoir leurs différences, leurs talents à eux, ne pas les vouloir bons de partout, mais accepter qu’il ne le soit que dans ce qui les intéresse. C’est celui qui est différent qui fait avancer le monde, ceux qui sont en-dehors des normes, qui ont plein d’idées et qui veulent tout connaître… et même ceux qui s’opposent ! Il ne faut donc pas demander à nos enfants de devenir quelqu’un qui dit oui à tout pour être béni… Il nous faut, bien au contraire, préserver leur richesse, leur donner la pression de notre amour et pas celle de la réussite à tout prix !

 

Plus les enfants apprennent dans la souffrance, plus ils explosent après ! Il nous faut donc les aider à s’aimer comme ils sont, à se trouver, se comprendre mieux - d’autant plus qu’ils ont toutes les facultés qu’il faut pour ça. Il ne nous appartient pas de les emmener à quelque chose de différent de ce qu’ils sont.


Si un enfant n’est vraiment pas heureux à l’école, le CNED est une solution. L’important, c’est qu’il soit en contact avec les différents savoirs, qu’il soit fortifié. D’ailleurs, être au CNED, c’est être aussi à l’école et on le fait en lien avec l’école. L’enfant doit être inscrit à l’école, et faire les cours à domicile en lien avec cette école. Il peut, par exemple, aller à l’école pour certains cours seulement. Cela se décide avec l’inspecteur d’académie, le médecin scolaire et l’équipe enseignante. Il n’y a pas forcément besoin de raisons médicales, d’ailleurs, il suffit d’être en mal-être avec l’école. Les médecins scolaires sont bien formés à la précocité, il faut donc s’appuyer sur eux pour que ça marche.


Des études scientifiques démontrent l’importance de l’ambiance dans lequel un enfant est éduqué. Elles ont porté sur 2 groupes de rats différents : des rats qui étaient nourris et soignés par leur mère et bien léchés, entourés de leurs soins, d’autres qui n’étaient pas entourés. Les rats pas léchés par leur mère étaient des rats stressés et étaient ensuite de mauvais lécheurs.


Philippe SAURET fait le constat que beaucoup d’enseignants sont stressés quand ils sont au travail. Il leur rappelle pourtant que c’est un métier merveilleux que d’être avec des enfants ! Oui, il y a des enfants à problème mais s’adapter à ceux-ci rendra la tâche moins lourde. Il faut par exemple admettre que certains enfants sont dans un cadre familial ou ont des difficultés qui ne leur permettent pas de faire les devoirs le soir et qu’ils ne le pourront jamais. Il faut arrêter de faire semblant de ne pas savoir et se débrouiller autrement. Il faut arrêter de leur mettre la pression dès leur arrivée à l’école le matin.


Il faut donc veiller à aider les professionnels qui s’occupent de nos EIP à les comprendre.


En ce qui concerne l’enfant bien en avance, parfois le saut de classe est la bonne réponse, mais pas toujours. Pour certains, ce sera des horaires aménagés, par exemple. Il faut être souple, pour faire selon le besoin de chaque enfant. Les enseignants ne sont pas formés à tout ça, et n’ont pas encore assez l’habitude de faire différemment.


Cela nous demande, à nous, parents, d’être patients et à tous de construire ensemble, notamment si on a un fort sentiment d’incompréhension (« votre enfant est immature »).


Chaque cas est particulier et il n’y a pas de vérité générale. Dans l’académie du Rhône, il y a une équipe d’une vingtaine de personnes qui est là pour former les enseignants. Les écoles formées (à Lyon, notamment), sont déjà complètes ! Il s’agit d’un travail titanesque, la demande est intense et l’énergie demandée est considérable. Il faut multiplier la capacité d’accueil d’enfants en demande et un nouveau collège (avec son lycée) devrait être formé aux EIP dans le centre de Lyon. Il faut juste du temps pour former tout ce monde !
Dans le premier degré, on agit au cas par cas, avec des interventions ponctuelles, en formation locale.


Il faut se rendre compte qu’on part de très loin (c’est seulement en 2005 qu’on a enfin pris en compte le handicap à l’école, pour les EIP, c’est encore plus récent !). Cela fait très peu de temps qu’on accueille tout type d’enfant à l’école, le but étant que chaque enfant ait sa place (dys, handicapé moteur ou autre…).


Il y a encore des écoles où on refuse un enfant s’il n’a pas d’AVS. C’est hors-la-loi ! C’est un peu le contrecoup de la création de ce métier… ceci complique un peu l’intégration à l’école d’un enfant à besoins spécifiques car on croit pouvoir le refuser s’il n’a pas son AVS, mais c’est en fait une sorte de résistance à la véritable intégration de l’enfant que d’exiger qu’il soit accompagné d’une AVS (une façon de contourner les complications) !


Il faut donc que la demande sociale fasse évoluer l’école vers une école épanouissante pour tous, que chaque enfant vienne avec le sourire le matin. Quand il arrive le matin, chacun (enfant comme enseignant) doit oublier ses problèmes personnels et y venir avec le sourire ! Même s’il n’est pas doué à l’école, que l’enfant ait le plaisir d’y venir, même si c’est juste pour y retrouver les copains.

 

Quelques réponses aux questions de l’assistance…


Mon enfant en PS s’y ennuie car il sait déjà calculer… tout ce qu’il veut, lui, c’est apprendre à lire et à écrire, pas y faire du dessin ou du coloriage… une école publique peut-elle aider un enfant si jeune avec une telle attente ?


Non, il n’y a pas de structure publique qui permette à l’enfant de progresser aussi vite aussi jeune. Ce qu’il faut faire, c’est le faire patienter, en variant les temps (temps plus courts pour chaque atelier et tourner). Il ne faut pas mettre les enfants dans une boîte et arrêter de penser à l’école de façon si structurée : un enseignant/une classe, tel âge/telle classe !


Il faut penser à une école à la carte. Si l’enfant s’ennuie à l’école et qu’on peut ne pas le mettre, le garder un peu plus à la maison pour répondre à ses besoins, sinon, trouver une équipe enseignante pour qu’il y ait moins d’ennui.


Il est bien aussi pour ces enfants de trouver en dehors de l’école des activités qui répondent à leur soif d’apprendre, enrichir le quotidien à la maison pour que l’école soit un lieu de patience (activités extrascolaires, mais aussi rencontres avec des enfants HP grâce aux associations).


Il est essentiel de répondre au besoin d’apprendre des enfants. Tout enfant en a besoin, et encore plus l’EIP. Pas forcément dans tous les domaines car tout le monde a ses domaines de prédilection et d’autres que l’on aime moins, et cela n’est pas dramatique. Il est normal qu’un socle commun de connaissances existe, mais les individualités sont normales aussi.


Il faut aussi se poser la question : sur quel(s) type(s) d’activités s’ennuie-t-il ? S’il aime bien quelque chose, c’est une piste et il faut aller dans ce sens. Il est véritablement nécessaire d’aller de plus en plus sur une école à la carte !


Il faut aussi aider le professeur à comprendre nos enfants et une fois que ceux-ci se sentiront compris, ils pourront faire jouer leur créativité.


La formation des enseignants se fait-elle seulement dans le public ou aussi dans le privé ? ET puis, aller voir le professeur pour expliquer notre enfant, oui, mais ceux-ci parfois le prennent mal ou contestent nos explications ou nos demandes, ils nous disent que l’école à la carte, ce n’est pas possible. Nous, parents, nous ne pourrons rien faire tant que les enseignants se croiront jugés ou contestés dans leur travail quand nous venons leur expliquer comment faire avec notre enfant !


Il faut se rendre compte que nous sommes au début du changement, ça va s’améliorer de jour en jour ! C’est à nous de patienter et surtout veiller à ne pas stresser notre enfant. Rester sereins les aidera, eux.


Il n’y a pas de formation par le rectorat dans le privé pour l’instant. Le travail est déjà tellement vaste dans le public !


Par contre, le privé a une grande marge d’autonomie et en use déjà (Fabrice BAK et Olivier REVOL y interviennent
aussi).


Pour obtenir cette formation, c’est l’école qui doit la demander. Il y a des conseillères pédagogiques au sein de l’Académie qui sont là pour venir aider les enseignants à savoir s’adapter aux spécificités des enfants, il faut leur faire appel.


La formation des enseignants est l’objectif principal de l’année qui vient pour l’Académie de Lyon.


Entre-temps, nous, en tant que parents, nous pouvons contacter le service du référent EIP de l’académie, soit par mail, soit par téléphone. Une équipe est là pour nous répondre. L’attente est longue, mais il sera répondu à chaque demande.

 

Connait-on les effectifs de classe des autres pays plus performants au PISA ?


En France, déjà, contrairement à ce qu’on croit en général, l’effectif moyen est à moins de 25 par classe. La question n’est pas tant celui de l’effectif par classe, c’est plutôt l’organisation de l’école. En Finlande, quand un élève est trouvé en difficulté, toute l’équipe se mobilise pour lui et c’est ce qui fait qu’on arrive à de meilleurs résultats.


Il faut être patient, les choses avancent en France aussi. La création d’équipes éducatives en est une preuve. C’est déjà une avancée. C’est vrai qu’on s’occupe plutôt, pour l’instant, des élèves avec des problèmes de comportement, car il semble plus urgent de s’occuper d’eux… maintenant il va falloir s’occuper aussi de ceux qui ont d’autres difficultés.

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Le Colloque du PSYRENE était organisé par l’AFEP du Rhône.


PSYRENE : http://centre-psyrene.fr
AFEP : http://www.afep-asso.fr


A propos des conseillers pédagogiques :
http://neo.snuipp.fr/les-conseillers-pedagogiques,65
http://www.education.gouv.fr/cid76102/conseillers-pedagogiques-votre-metier-evolue.html


Compte-rendu rédigé par Myriam Garcia

 

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Date de dernière mise à jour : 31/03/2016