Aider l'EIP à trouver sa place et à s'épanouir

Conférence d’Anne DEBAT, Psychopédagogue - Colloque de Lyon - Samedi 17 mai 2014

Qu’est-ce qu’une psychopédagogue ?

Pas psychologue mais pas que pédagogue. Le côté psy, c’est « je t’accepte comme tu es », et le côté pédagogue « je t’accompagne dans tes apprentissages ».

Une psychopédagogue est là pour aider les enfants à se raccrocher à l’apprentissage scolaire.


La parole et l’échange permettent de comprendre ce qui se passe dans l’intellect. Quand nous avons une tâche à réaliser, nous produisons un geste : dans la tête c’est pareil.


Le problème de l’EIP, c’est qu’il n’a pas conscience du geste qu’il réalise. Il faut donc le lui apprendre. Il faut l’accompagner dans sa singularité, être à son côté pour faire face au savoir. Il faut partir de l’enfant pour créer le chemin avec lui.


Le côté psychologique


- Aller vers la découverte de soi : qui je suis ? ce qui m’est facile à faire, ce qui m’est difficile ?

- Aller vers un conscient intellectuel : comment je fais pour apprendre, pour réfléchir ?

- Mieux comprendre son environnement : apprendre à se connaître et comprendre ce vers quoi on va, ce
qu’on attend de moi. Il faut vérifier si l’enfant arrive à comprendre où on veut l’emmener.

- Mise en place du processus de l’apprentissage : partir de l’enfant et créer avec son fonctionnement de base.


Il faut lui expliquer qu’on lui demande quelque chose de particulier, mais pas de changer ce qu’il est.

 

L’EIP peut être en difficulté, il n’a pas toujours des facilités. Par contre, croire en son potentiel lui permet de progresser.


Un besoin d’accompagnement


Apprendre est pour lui un monde étranger. Ce qu’il aime, c’est savoir et connaître, pas apprendre. Il faut donc créer un espace à pensée : « je sais qui tu es mais je te pousse à savoir comment faire » - le pousser vers un espace de découverte.


Le potentiel est un ensemble d’aptitudes à la disposition de tous, tout le monde en a un mais chez l’EIP il est particulier. Pour lui, son potentiel est d’autant plus difficile à mettre en œuvre car le système scolaire est normatif.


Le talent, c’est comment rendre concret son potentiel. Un enfant qui ne se sent pas intelligent, c’est parce qu’il n’a pas compris comment mettre en œuvre son potentiel. Il a donc besoin d’être accompagné dans la réalisation de celui-ci. C’est en l’adaptant qu’il se transformera en talent.


Etre EIP ne veut pas dire être brillant de partout… Un jeune peut, par exemple, avoir au lycée 10 de moyenne… Il ne brille pas par ses résultats scolaires mais son haut potentiel se réalise dans le domaine kinesthésique : il monte, démonte et remonte un ordinateur, par exemple, et est capable de reproduire quelque chose juste en regardant quelqu’un le faire. C’est une capacité qui ne se révèle pas dans le milieu scolaire…


L’EIP choisit où il veut utiliser son haut potentiel. Plutôt que le vouloir bon de partout, il faut lui permettre de développer ce qui l’intéresse car c’est ce qui est important pour lui.


Il existe des enfants qui sont doués dans tous les domaines : à l’école, en musique, au sport… et puis, un jour, ils veulent tout arrêter. Il faut le leur permettre, les laisser faire leurs choix et ne pas leur faire porter notre déception car elle sera trop difficile à gérer pour eux.

 

Faire une place à l’enfant


A l’école comme dans le milieu familial.


Un enfant passionné par la psychologie sera déçu qu’on ne comprenne pas sa passion et que personne ne veuille lui offrir des livres de psychologie. Son entourage trouve que ce n’est pas un cadeau ou que ce n’est pas de son âge, par exemple… mais il faut respecter son univers et lui permettre d’avoir ses goûts personnels.


Certains enfants aiment changer souvent d’activités car cela est plus riche pour eux.


Il faut aider l’enfant à bien se connaître car il n’a pas toujours conscience de sa différence par rapport aux autres.


Un enfant va par exemple reprendre les autres car ils n’utilisent pas le mot approprié pour s’exprimer (porte au lieu de porte-fenêtre). Il ne reprend pas pour embêter, c’est juste que lui a besoin de corriger (besoin de précision). Pour éviter beaucoup de réactions négatives et qu’on le prenne pour un impertinent, il faut lui expliquer que nous, nous comprenons son besoin de rectifier mais que celui qui lui parle, lui, a besoin de moins de précision… il est donc préférable qu’il rectifie dans sa tête s’il le souhaite (même si pour nous sa façon de fonctionner ne nous dérange pas).


Il faut aussi lui laisser du temps pour grandir. Quand le diagnostic d’HPI est posé on pense trop vite à beaucoup plus loin… laissons notre enfant faire ses choix en temps voulu.


Attention à ne pas projeter sur lui des désirs qui seraient les nôtres pour lui ou ceux que nous avions pour nous…
permettons-lui son propre parcours !


Ne pas attendre l’excellence scolaire à tout prix !


On détecte plus rapidement les garçons car leur différence se manifeste plus souvent par un mauvais comportement. Les filles sont, elles, plus anxieuses et retournent contre elles leur difficulté à se mouler (on passe d’ailleurs à côté de beaucoup de filles précoces – veiller à celle qui se plaint souvent d’avoir mal au ventre, par
exemple… cela traduit souvent un besoin d’attention particulier).


Il faut accepter que leur potentiel puisse se développer dans des domaines inattendus. La réussite pour eux peut être différente que celle que l’on espère.
Un exemple : un HP qui, au lieu de vouloir devenir guide de haute montagne (dans la Haute-Savoie) veut devenir photographe de la flore des montagnes… c’est une façon pour lui de ne pas oublier son côté poétique.


Il faut aussi veiller à leur besoin de créativité.


L’épanouissement est quelque chose qui se construit et s’obtient sur du long terme, cela demande d’acquérir une plénitude dans les facultés intellectuelles et/ou physiques.


Il faut permettre l’individualité : on apprécie la diversité dans un jardin de fleurs, mais pas chez l’être humain ! La diversité est pourtant ce qui nourrit l’humain.

L’individualisation sert, en plus, pour tous les élèves et il change le regard de l’enseignant sur ses élèves (ce n’est plus un groupe mais plusieurs identités). C’est leur donner l’arrosage adapté et l’individualisation devient une ressource du collectif.


Le chemin à construire


Pour l’EIP, quand il réussit une chose, il part aussitôt sur une autre, il est toujours dans le processus, pas dans le résultat, ce qui peut le rendre incompréhensible aux autres :

- On dit du créatif qu’il est inadapté ou pas travailleur.

- On le décrit comme pas commun, dérangeant, inquiétant.

- S’il est riche de nombreuses expériences car il aime changer d’activités, on le dira trop changeant. Les expériences multiples font pourtant partie de son chemin. Il ne faut pas le couper de lui-même en lui en imposant un : il faut créer les solutions avec l’enfant, les chercher avec lui et être à ses côtés pour l’aider à construire son propre chemin. Si parfois il demande qu’on le laisse tranquille, c’est parce qu’il a beaucoup souffert mais il n’attend en fait qu’une chose, c’est qu’on vienne à sa rencontre et qu’on soit à ses côtés.

Le travail de la psychopédagogue, c’est lui montrer comment faire et que c’est dans le faire qu’on s’épanouit ; se voir capable le rassure car il rentre en contact avec son intelligence.


Questions de l’auditoire…


A/ Mon enfant est précoce, TDA et dys. Je suis complètement perdue dans le nombre de professionnels conseillés pour nos enfants… Qui aller voir réellement ? De plus les prises en charge sont lourdes et onéreuses !


Un conseil : contacter une association pour enfants précoces, comme l’AFEP, il y a des permanences téléphoniques dans chaque antenne et ils pourront vous guider. Plusieurs réseaux sont aussi mis en place entre professionnels de l’enfance pour que ceux-ci travaillent ensemble.


B/ Mon enfant a 19 ans. Il est pratiquement déscolarisé au moment du BAC. Il a un suivi psy car il a de grosses difficultés. On me dit que « ça va le faire », oui, mais comment ? Je lui ai acheté des anabacs mais se mettre à un bureau le stresse. Il se met sur son lit… mais il s’y endort ! Je lui ai finalement suggéré du trouver un intermédiaire entre son lit et son bureau et il a trouvé la chaise longue… là, il arrive à étudier (il s’endort moins vite).


L’important est de le reconnecter à ce qu’il peut faire.
Les consignes saoulent les EIP, il vaut donc mieux leur expliquer comment faire, les rendre acteurs. Ils découvrent
ainsi qu’apprendre, c’est très créatif et ce n’est pas qu’écouter !
Il faut aussi savoir accueillir leurs hypothèses et construire avec.


C/ On a bien souvent l’impression qu’ils n’écoutent pas quand on leur parle.


Il faut leur faire répéter ce que l’on vient de dire : le reformuler fait qu’ils impriment.


Il faut qu’ils comprennent qu’ils ne peuvent pas choisir les contraintes, par contre, ils peuvent choisir comment les gérer, leur laisser toujours un espace de liberté.


Par exemple, on peut leur dire : « tu dois avoir pris ta douche avant 20 h ? A quelle heure veux-tu la prendre ? » ; ainsi, ils n’ont pas l’impression qu’on les contraint.Pareil pour les devoirs : « comment veux-tu qu’on s’organise pour ce soir ? Tu en as beaucoup ? Comment penses-tu t’y prendre ? ». La contrainte, c’est qu’ils les fassent mais on les laisse faire à leur façon. Il ne faut pas être dans l’absolu mais savoir lâcher prise sur la manière.


D’autres enfants n’accepteront de faire leurs devoirs qu’avec de la musique ou avec la TV… d’autres encore ont besoin de bouger… Pour l’école, on peut le faire reconnaître grâce à un PPRE. Pour ces enfants-là, il ne faut pas se focaliser sur tous leurs mouvements, il faut trouver des compromis.


Apprendre par cœur est un gros problème pour l’EIP. Il a besoin de donner du sens à ce qu’il fait, il faut donc lui apprendre à mémoriser, en lui donnant l’objectif de se servir de ce qu’il va apprendre (apprendre les multiplications permet de calculer plus vite quand on est en calcul mental ou pour réaliser des divisions encore plus rapidement…
utiliser des jeux qui leur permet de gagner s’ils sont les plus rapides).


En ce qui concerne les aménagements scolaires, le choix est très vaste ! Il faut adapter à chaque enfant et arrêter de croire qu’autoriser à un enfant quelque chose de particulier cassera le groupe, c’est totalement faux !


Ce colloque était organisé par l’AFEP du Rhône.
Compte-rendu rédigé par Myriam Garcia

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Date de dernière mise à jour : 02/10/2015

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